Jeudi 26 Juin 2008

Maatoub Lounes

 Alors que la plupart des chanteurs kabyles à textes se cantonnent dans une sorte d’austérité musicale et restent souvent, à cause de cela, peu accessibles aux Européens, Lounès Matoub était de taille à captiver le public occidental grâce à son timbre rocailleux et à ses musiques nourries des fastes de la nouba. « Mais la paix renaîtra un jour / Et mes chants parmi vous célébreront à nouveau / Le printemps si cher à nos cœurs... »

Dans Lettre ouverte aux..., comme dans ses précédents albums, la beauté sonore de la langue kabyle, le charisme de son grain de voix, les notes orientalo-syncopées du mandol servent de superbe écrin à ses professions de foi tumultueuses, à ses remises en questions touchantes, à sa fragilité revendiquée... Hélas ! Lounès Matoub a chèrement payé son attachement à sa langue, à sa culture, à sa patrie, à la liberté et à l’indépendance de son pays.

  Lounès Matoub : 1956-1998

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Une voix grave et veloutée, quelques notes au banjo ou au oud, parfois des effluves de violon ou de synthétiseur... Le « protest-singer » algérien Lounès Matoub se doublait d’un crooner empruntant ses mélodies, ses intonations et ses orchestrations au chaabi, musique populaire dérivée du classicisme arabo-andalou. Alors que la plupart des chanteurs kabyles à textes se cantonnent dans une sorte d’austérité musicale et restent souvent, à cause de cela, peu accessibles aux Européens, Lounès Matoub était de taille à captiver le public occidental grâce à son timbre rocailleux et à ses musiques nourries des fastes de la nouba.

Matoub Lounès
Lounès Matoub

« Mais la paix renaîtra un jour...Et mes chants parmi vous célébreront à nouveau le printemps si cher à nos cœurs... ».
Cet infatigable barde de la laïcité et de la culture berbère, qui a clamé sur tous les tons que seule la mort parviendrait à le faire taire, a été assassiné le 25 juin 1998, vraisemblablement par un commando islamiste, sur une route menant à Tizi Ouzou, où il était né quarante-deux ans plus tôt, le 26 janvier 1956.

Écorché vif, volontiers provocateur, Lounès Matoub ne mâchait pas ses mots pour dénoncer l’intégrisme et les abus du pouvoir en place. Militant du Mouvement culturel berbère (M.C.B.), puis compagnon de route du parti d’opposition R.C.D. (Rassemblement pour la culture et la démocratie), il fut une des figures de proue du « printemps berbère » de 1980 et ses chansons furent souvent interdites sur les ondes algériennes.

Une première fois, son engagement faillit lui coûter la vie lorsque, au cours des manifestations de 1988, il fut blessé de cinq balles au ventre. En 1994, il fut l’objet, quinze jours durant, d’un enlèvement par des islamistes – enlèvement dont l’authenticité fut contestée, puis rétablie après un procès en diffamation –, qu’il raconte avec moult détails dans son livre Le Rebelle (1995). Au moment où entrait en vigueur la loi sur la « généralisation de l’utilisation de la langue arabe », ce chantre du parler tamazight (berbère) n’a pu échapper au guet-apens dans lequel il avait été attiré et aux rafales de balles tirées sur lui alors qu’il était en voiture avec son épouse et ses deux belles-sœurs.

À peine un mois auparavant, Lounès Matoub enregistrait Lettre ouverte aux..., prophétique album où il s’en prend comme à son habitude à ceux qui « ...ont greffé l’atroce grimace de la religion et du panarabisme sur la face de l’Algérie ». Mais où il se livre également à une sorte d’autocritique : « ...Ne m’abandonne pas ...Je suis à toi, mon bourreau accoutumé ». Voire à de contradictoires déclamations : « La vérité : la répandre dans le cœur il le faut ! Rendons sa liberté au mensonge ». Pour finir sur un insondable pessimisme : « Le sort m’a dépossédé de moi-même...Il a ravagé mon corps...Je ne guérirai pas, je le sais ». Philosophe torturé tout autant que poète rebelle, lui qui fut tant fasciné par la figure du martyr, prévoyait pour cet ultime enregistrement, un succès sans précédent : « Tel est le monde sais-tu...Une fois happé, bien mort...Une maudite engeance t’affuble de prestige... ».

Dans Lettre ouverte aux..., comme dans ses précédents albums, la beauté sonore de la langue kabyle, le charisme de son grain de voix, les notes orientalo-syncopées du mandol servent de superbe écrin à ses professions de foi tumultueuses, à ses remises en questions touchantes, à sa fragilité revendiquée... Hélas ! Lounès Matoub a chèrement payé son attachement à sa langue, à sa culture, à la liberté et à l’indépendance de son pays. 

L'œuvre de Matoub Lounès se compose pour l'essentiel de chansons engagées à la cause identitaire amazighe et aux valeurs démocratiques. Chaque chanson touche à une plaie dans la politique ségrégative de la junte arabo-islamiste au pouvoir. Défenseur farouche de la culture amazighe, Matoub Lounès n'a jamais hésité à manifester sa rébellion face aux thèses des intégristes et à dénoncer la politique d'arabisation forcée de l'école, de l'administration et des médias publics.

  • -Le 24 janvier 1956, naissance de Lounès Matoub à Taourirt Moussa (Kabylie).
  • -A l'âge de 9 ans, il fabriqua sa première guitare à l'aide d'un bidon vide d'huile de voiture;
  • -Dès l'adolescence, il composa ses premières chansons;
  • -Considérant que l'enseignement dispensé par l'école algérienne ne visait qu'à meubler la mémoire des pires aberrations, il déserta l'école en 1975;
  • -En 1978, il enregistra son premier album, dont le succès phénoménal l'imposa comme un grand espoir de la chanson algérienne d'expression berbère;
  • -Outre les chansons composées pour d'autres artistes, son œuvre est riche de 36 albums. Elle traite les thèmes les plus variés : la revendication berbère, les libertés démocratiques l'intégrisme, l'amour, l'exil, la mémoire, l'histoire, la paix, les droits de l'Homme, la finitude, les problèmes existentiels.Il était témoin de son temps.
  • -En dépit de son interdiction dans les médias algériens et notamment la radio et la télévision, il restait le chanteur berbère le plus populaire et adulé par tout un peuple;
  • -Criblé de 5 balles par un gendarme, lors des événements d'octobre 1988, il subit 17 interventions chirurgicales, 2 années d'hospitalisation, un sacrum artificiel, rétrécissement de sa jambe de 5 centimètres et son handicap à vie;
  • -Enlevé par un groupe islamiste armé en 1994, séquestré pendant 15 jours et condamné à mort avant d'être libéré suite à une gigantesque mobilisation populaire;
  • -Le 06 décembre 1994, il reçut "le Prix de la mémoire" décerné par Madame Danielle Mitterand, Présidente de La Fondation France Libertés (Paris) succédant ainsi à des hommes et des organisations qui ont consacré leur vie à la lutte pour la préservation du souvenir de l'aventure humaine;
  • -Le 22 mars 1995, le S.C.I.J.(Canada) lui remit Le Prix de la Liberté d'expression ;
  • -Le 19 décembre 1995, il reçoit le Prix Tahar Djaout décerné par La Fondation Abba au siège de l'UNESCO (Paris) ;
  • -En 1996, il participe à la marche des rameaux en Italie pour l'abolition de la peine de mort;
  • -En plus de la chanson, il a pris sa plume pour interroger son âge et son espace dans un livre intitulé "rebelle" aux éditions stocks en 1995;
  • -Le 25 juin 1998 Lounès Matoub est lâchement assassiné dans des conditions mystérieuses avant la sortie de son dernier album ( lettre ouverte aux…) qui lui a valu un Disque D'or.
  • -Le 28 Juin, plusieurs milliers de personnes ont assisté à l'enterrement du poète devant sa maison dans son village natal.
  • -Le 30 Juin le GIA revendique l'assassinat de Matoub Lounès.

 

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